Saturday, December 22, 2007

More on the new book

Here is a French review of the new Louise Brooks book. It was originally published on Bibliobs (http://bibliobs.nouvelobs.com). Click on the image below for a six minute video clip - apparently a television review of the book.

Chère Louise Brooks
By Jérôme Garcin
Créé 19/12/2007 - 18:45


Portrait sensible de l’actrice éphémère et de la garçonne éternelle par le prince des cyniques. Il aime les bachelières à frange, le ping-pong, les fantômes de la Vienne impériale, «la teenager danoise» de Kierkegaard (Regine Olsen), les aphorismes désabusés de Cioran, les chansons bleues de Christophe, la psychanalyste Melanie Klein, «le flûtiste pessimiste de Francfort» (Schopenhauer), le Japon, les films du Coréen Kim Ki-duk, les poèmes de Yi Sang, la paresse, les suicidaires, et faire «yum-yum» dans les chambres des palaces lémaniques.

Né à Lausanne, pendant la guerre, d’un diplomate qui ressemblait à Erich von Stroheim et d’une Viennoise qui nourrissait une passion pour Alma Mahler, Roland Jaccard pratique, en expert, l’art de la désillusion, du cynisme, de l’autodénigrement et de l’oisiveté. Avec légèreté, il plaide pour la tentation nihiliste et le refuge de la solitude. Avec Clément Rosset, il tient qu’on doit éprouver la beauté du monde en ayant conscience de sa cruauté. A ce bon vivant, on doit notamment un «Manifeste pour une mort douce» et une «Topologie du pessimisme». A 65 ans, il est resté un jeune homme triste dont les livres, aussi brefs que mélancoliques, ont un charme fou.

Celui qu’il consacre à Louise Brooks, trente ans après sa biographie de

[1] l’«anti-star», tient de l’autoportrait fragmenté. Car l’héroïne de «Loulou» et du «Journal d’une fille perdue», dont la photo trône au milieu de sa bibliothèque, incarne son idéal amoureux, l’idée qu’il se fait des beautés ravageuses. Jaccard en a toujours piqué pour les garçonnes, les adolescentes minces et arrogantes, les «flappers», comme les appelait Scott Fitzgerald, «jolies, effrontées, dotées d’une superbe assurance, court vêtues et dures à cuire», frappant le trottoir de leurs talons, flap, flap, avec une détermination qui n’a d’égale que leur vocation à l’autodestruction.


Louise Brooks, alias «Brooksie», était douée pour réussir, mais sa carrière, interrompue en 1938, fut un immense gâchis. Après avoir aimé les hommes à la gueule d’escroc, abusé de son image de «petite garce odieuse qui ne pensait qu’au sexe», et enfin été boudée par Hollywood, elle est morte en 1985. Jaccard était allé la voir à Rochester, elle l’avait supplié de lui apporter une arme, elle voulait en finir. Allongée sur son lit dans une robe de chambre, elle lui avait raconté son aventure avec Charlie Chaplin, autre amateur de lolitas, lequel l’avait initié à Schopenhauer, ainsi que ses rencontres avec le couple Fitzgerald. Elle prétendait relire, une fois l’an, «A la recherche du temps perdu». Le dernier film qu’elle avait vu était «Fedora», de Billy Wilder, «sur le vieillissement à Hollywood, où il est interdit de vieillir sous peine de mort».

Cette ode désirante à Louise Brooks, à toutes les Louise Brooks, écrite au fusain par Roland Jaccard après qu’un institut lausannois pour jeunes filles lui eut demandé de donner une conférence sur l’ombrageuse «flapper», est une merveille de tendresse, de provocation et d’insolent chagrin.
J. G.

«Portrait d’une flapper», par Roland Jaccard, PUF, 96 p., 15 euros.
A lire aussi, illustré par Romain Slocombe, «Retour à Vienne» (Melville-Léo Scheer, 15 euros), où Roland Jaccard se souvient de ses parents.

Source: «Le Nouvel Observateur» du 20 décembre 2007.

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